Ambitions normandes

Les Normands (hommes du Nord), encore dénommés Vikings (vieux norrois víkingr ; pluriel, víkingar) étaient des commerçants et des explorateurs farouches à qui l'on prête jusqu'à la découverte de l'Amérique (le Vinland), 400 ans avant Christophe Colomb.

A Deauville, l'esprit de la terre a donc invité le Congrès C.U.R.I.E. à placer encore plus haut ses ambitions pour sa dernière journée.

J'ai été notamment frappé par trois thèmes, qui me sont apparus comme autant de terrains d'aventures.

Jolie réussite française tout d'abord, la saga d'ActInSpace, sorte de hackathon lancé par le Centre National d'Etudes Spatiales autour de ses brevets, présenté dans l'atelier 6.1 « Outils pour développer la culture de l'entrepreneuriat ».

La première édition a si bien performé en 2014 (200 participants, 20 projets de start-ups, 4 créées effectivement) que l'Agence Spatiale Européenne a demandé son extension à l'ensemble de l'Union Européenne pour sa deuxième édition cette année.

On souhaite autant de réussite à la nouvelle méthode ASIRPA d'auto-évaluation encadrée des chercheurs. Cette méthode, présentée dans l'atelier 6.2, a été développée par l'INRA, et pourrait être étendue à d'autres organismes de recherche publique.

Plutôt que des pages d'indicateurs à remplir, ASIRPA propose une évaluation « compréhensive », de l'analyse de processus à l'impact socio-économique, s'apparentant à l'occasion à de complètes études de cas.
Le chercheur y est invité à s'approprier la démarche selon une « dynamique transformative ».
Un espoir de passer de la phénoménologie à la cybernétique des travaux de recherche, en quelque sorte.

Le troisième des thèmes d'aventure qui m'ont intéressés était traité dans la plénière intitulée « Les start-ups au cœur des stratégies de croissance des grands groupes ».

A entendre les intervenants, j'ai eu l'impression que l'incubation et l'accélération de jeunes pousses au sein même de grands groupes industriels (en l'occurrence Orange Fab France d'une part, et l'industrie aérospatiale avec Starburst Accelerator d'autre part) doivent provoquer de temps en temps des confrontations aux airs de rencontres de prédateurs autour de la proie.

Il doit en être ainsi à au moins deux moments clés.

Celui, tout d'abord, où la start-up doit encore biberonner aux « poc » de son ou de ses puissants mentors. Les directrices des deux accélérateurs précités, Murielle Charpin ou Sandra Budimir, avouaient qu'elles devaient parfois taper sur les babines des services achats pour freiner leurs ardeurs de dissection, ou houspiller les directions financières pour épargner à leurs fragiles protégées des « délais de paiement indécents » (sic).

Ensuite, plus tard, le moment où la start-up démontre éventuellement le potentiel de son positionnement : on imagine l'air patelin du grand fauve qui a regardé la jeune pousse s'ébattre quand elle était malingre, et attend patiemment que le besoin de financement de sa croissance la ramène dans ses griffes.

Le mariage du grand groupe et de la start-up, l'auto-évaluation transformative des chercheurs, le hackathon européen des brevets aérospatiaux: autant de missions qui appellent de grandes qualités de pilotage et de navigation de la part de leurs capitaines.

Ces qualités mêmes dont savaient faire preuve les Vikings sur les mers, et qui les ont conduits jusqu'au fond de la Méditerranée, où ils ont fondé le Royaume de Sicile, et bataillé jusqu'en Asie Mineure.

Et où croyez-vous qu'une de leurs expéditions les mènent en 859 ? Cette année-là, les Vikings du chef Hasting, qui venaient de Nantes et avaient hiverné en Camargue, prennent la ville de Marseille d'assaut, et la pillent.

Nous rentrerons naturellement de façon plus pacifique dans la cité phocéenne l'année prochaine, qui accueillera le prochain Congrès C.U.R.I.E. 2017.

Patrice VIDON